Les aventures de Mike le socialiste – Episode 1

Précédemment : Mike Vindemille est un jeune cadre socialiste à la recherche de lui-même. Au cours d’une fête de la Rose provinciale à laquelle il participe, Mike adopte un comportement critiquable lorsque Pierre Mauroy fait une attaque cérébrale, et s’attire ainsi les inimitiés de Jean-Marc Ayrault. Le lendemain matin, il saute dans un train, direction le siège national du parti socialiste. [Lire le prologue]

épisode 1 – Défaite à Solférino

Longtemps immobilisé à cause d’un suicide sur la voie, le train de Mike Vindemille était finalement arrivé en gare de Montparnasse, avec deux heures de retard et une gigantesque traînée de sang sur le flanc gauche.

Durant cet arrêt forcé, Mike avait eu le temps de se raser et de lire Libération. Apparemment, la nouvelle du coma de Pierre Mauroy n’avait pas encore filtré à Paris.

A présent, Mike remontait la rue de Solférino avec lenteur, le regard vissé trente centimètres au-devant de ses pieds, et se demandait à quoi il allait bien pouvoir occuper cette journée dans son bureau parisien. Il n’avait toujours pas trouvé de réponse au moment de franchir les portes principales du siège, mais à peine était-il entré dans le hall qu’un minuscule assistant en communication, que Mike connaissait suffisamment pour le mépriser de tout son être, lui barra la route :

- Mike, où étais-tu ?

- Mon train a eu du retard. Excuse-moi, Yann, mais je n’ai vraiment pas le temps, ce matin.

- Comme tu dis. Martine veut te voir. Elle t’attend depuis une heure.

Le sang de Mike se glaça. Il savait que la première secrétaire du parti ignorait jusqu’à son existence la semaine passée. Au cours d’une réception destinée aux jeunes cadres du parti, elle lui avait publiquement demandé de lui apporter un diobolo-menthe et un sandwich tomate-rillettes. Mike s’était exécuté, les larmes aux yeux. Il avait fini la soirée dans les cuisines, à boire avec les vrais serveurs, qui portaient tous la même veste que lui.

- Elle a dit pourquoi elle voulait me voir ? finit par articuler Mike.

- Non. Mais à mon avis, c’est plus grave qu’un sandwich à la rillette. Avant que tu y ailles, qu’est-ce que c’est que cette horrible photo sur ton Twitter pro ?

- Mon train de ce matin. La tache rouge, c’était un petit jeune qui s’est étalé en morceaux depuis la loco jusqu’aux vitres du wagon-bar. Affreux. J’ai cru que je n’allais pas réussir à finir mon yaourt.

Mike fit semblant de ne pas entendre les protestations de Yann tandis qu’il montait les escaliers. Il s’agissait là de son premier “tweet” depuis la formation qu’il avait suivie avec Benoît Hamon, “Construction d’une image jeune et décalée au moyen des réseaux sociaux”. Et décidément, Mike se disait qu’il n’y comprenait rien.

La porte de Martine Aubry. Un double panneau de chêne, avec une affiche qui changeait toutes les semaines. Sur celle-ci, un jeune en sarouel clair disait avec un sourire niais : “Les choses vont changer”. Pour Mike Vindemille, peu de choses avaient changé ces derniers temps. Il n’arrivait à rien à Paris, il n’arrivait à rien en Bretagne, la région où il était censé se faire élire conseiller en 2010. Il ne se souvenait pas des gens qu’il rencontrait, il avait du mal à parler plus de dix minutes avec quelqu’un sans lui proposer un verre, et il ne parvenait pas à récupérer le moindre droit de garde sur sa fille. Avec un soupir, Mike frappa à la porte et entra. L’assistante lui fit signe de continuer immédiatement jusqu’au bureau d’Aubry.

Elle était là, derrière un bureau rond qui semblait trop grand pour elle. La première secrétaire releva immédiatement la tête. Elle toisa Mike pendant une seconde, puis se leva pour venir se planter à un mètre de lui. “Qu’est-ce qu’elle est petite”, pensa Mike en lui adressant un salut, auquel elle ne répondit pas.

- Alors c’est toi, Vindemille… Evidemment, tu te doutes qu’Ayrault m’a parlé.

Mike fixa son regard sur un portrait de Jaurès, attendant la suite.

"J'espère que tu as assez décuvé pour crever de honte en ce moment, Mike Vindemille..."

Elle reprit :

- Pierre Mauroy tombe dans le coma et un cadre du parti, peut-être futur conseiller régional de Bretagne, se lève de sa chaise pour applaudir. J’espère que tu as assez décuvé pour crever de honte en ce moment, Mike Vindemille.

Il se demanda pourquoi de simples mots lui faisaient aussi mal qu’un coup de pied dans les couilles. Mike baissa alors les yeux et se rendit compte que la première secrétaire venait effectivement de le frapper de toutes ses forces à l’entrejambe. Ses yeux se brouillèrent et la douleur le fit tomber au sol. Il ne voyait plus que les sandales Birkenstock d’Aubry, qui fit un pas en direction de son visage. Mike l’entendit lâcher d’une voix monocorde : “Pour toi, l’investiture en Bretagne, c’est fini. Ta 4e place sur la liste de 2010, je te la retire. Et ton bureau ici, tu peux le vider”.

Mike s’évanouit, les mains serrées en conque sur son bas-ventre meurtri.

[à suivre...]


NB : Pour des raisons de facilité rédactionnelle, les aventures de Mike le socialiste seront désormais écrites au passé. Le prologue a été mis à jour dans ce sens.

3 réponses à Les aventures de Mike le socialiste – Episode 1

  1. Franz – Ca donne du rêve.

    Frantz – Je dirais même plus : ça donne un paquet de rêve.

    Franz – Oh toi, ta gueule hein.

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