Le Guéridon, conscient de la nécessité de fidéliser son lectorat, a décidé de relancer le genre un peu désuet du feuilleton écrit. Les aventures de Mike le socialiste vous emmèneront dans un monde dur et souvent cruel, celui de la gauche française, vu à travers les yeux de Mike Vindemille. Ce jeune cadre socialiste, à la recherche de lui-même, trouvera sur son chemin l’ambition, la trahison, la passion, la trahison, Martine Aubry, la trahison, et bien d’autres surprises encore.
8 heures. L’alarme du portable se mit en marche, laissant entendre “Catch the wind” de Donovan : “In the chilly hours and minutes of uncertainty, I want to be…”
Seul dans sa chambre d’hôtel, Mike Vindemille était déjà habillé, prêt à prendre le train qui le ramènerait vers Paris, au lendemain d’une fête de la Rose à laquelle il aurait préféré ne jamais participer. Malheureusement, la chargée de communication de la section locale du PS avait appelé une semaine avant pour lui expliquer, d’une voix impatiente, que la présence de “jeunes cadres du parti” était indispensable.
La veille, pour le repas de clôture, Mike était à la table de Jean-Marc Ayrault et de Pierre Mauroy, les deux seules vraies célébrités à avoir fait le déplacement. Il savait que c’était l’occasion de marquer des points, mais Ayrault était assis trop loin, et Mauroy… Mauroy avait passé la majeure partie du repas les yeux dans le vague, un filet de bave reliant son menton à son assiette de haricots. Respectueusement, tout le monde autour de lui s’était mis à converser comme si de rien n’était. Mais au moment où on lui avait retiré son dessert, l’ex-Premier ministre avait poussé une sorte de couinement suraigu et avait brandi une pelle à tarte au visage du serveur. Dans le silence qui avait suivi, une personne avait éclaté de rire en applaudissant. Et cette personne, c’était Mike Vindemille.

"L'ex-Premier ministre avait poussé une sorte de couinement suraigu..."
Assis au bord du lit, les coudes sur les genoux, Mike repensa au moment, immédiatement après, où Mauroy s’était mis à convulser, et où il était devenu clair que ce que l’on prenait pour des absences depuis le début du repas était en fait bel et bien un accident vasculaire cérébral. Mike revit alors le regard lourd de mépris que lui avait jeté Ayrault à travers la vitre arrière de l’ambulance qui emmenait Pierre Mauroy, et un frisson lui parcourut l’échine.
En enfilant son pardessus, il se mit à parler tout seul : “Hier soir, Vindemille, tu as été mauvais. Avant-hier, je ne me souviens plus trop mais je crois que ce n’était pas terrible non plus. Si tu veux monter les échelons du socialisme, mon petit Vindemille, il va d’abord falloir arrêter de picoler pendant les repas du parti.”
Il jeta un dernier coup d’oeil sur le lit défait et se dit qu’il ne dormait pas assez. Trente ans à peine, et pourtant il se sentait usé. Il se passa une main sur le visage, et nota mentalement qu’il devrait se raser avant de se présenter au siège de Solférino. Mike attendit que la chanson de Donovan se termine, et claqua la porte sur la note finale.
[A suivre...]
Héhé
Depuis quand t’intéresses-tu aux socialistes?
Ça me surprend quand même…
Et dauber sur Pierre Mauroy…
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